HOLLYWOOD


HOLLYWOOD
HOLLYWOOD

Hollywood est un symbole. «La Mecque du cinéma» selon Cendrars; elle fut le centre de la production cinématographique pendant plus d’un demi-siècle. La fondation du cinéma américain à Hollywood ne fut, au départ, qu’un épisode de la guerre des brevets; mais, en quelques années, les studios rapidement construits produisirent westerns et serials (film à épisodes), comédies théâtrales et drames réalistes. Les vedettes et les réalisateurs américains virent alors arriver à Hollywood l’élite du cinéma européen, allemand et scandinave surtout. Le star system et les films américains dominèrent alors l’exploitation cinématographique internationale. En 1927, la découverte du cinéma parlant donna un nouvel essor à cette industrie. Les vedettes hollywoodiennes prouvèrent plus que jamais la puissance du star system alors que les metteurs en scène produisaient chef-d’œuvre après chef-d’œuvre. En 1939, ce fut Autant en emporte le vent , exemple type du cinéma américain. L’année suivante, l’arrivée d’Orson Welles fit l’effet d’un coup de tonnerre et Citizen Kane d’une révolution.

Mais l’influence de la télévision, le cinéma européen bouleversèrent l’industrie hollywoodienne et dans les années soixante, malgré les réussites de quelques transfuges du petit écran, la production, vacillant entre l’intellectualisme et la production de série, descendit à son niveau le plus commercial.

D’un hameau à la métropole du cinéma

Faubourg de Los Angeles, sur la côte ouest des États-Unis, Hollywood était au XIXe siècle un hameau habité par les Indiens Cahuenga et Cherokee. En 1900, le peintre d’origine française Paul de Longpré y introduit la vie sociale à l’européenne et la vie artistique. Trois ans plus tard, Mrs. H. H. Wilcox appelle Hollywood (Le Houx) les lotissements de son mari, déclarant: «J’ai choisi ce nom de Hollywood tout simplement parce que cela sonne bien et parce que je suis superstitieuse et que le houx porte bonheur.» La ville compte alors sept cents habitants. Rien ne la destine a priori à devenir la métropole du cinéma.

Mais, en décembre 1908, plusieurs compagnies cinématographiques s’unissent à Edison et à Eastman Kodak pour fonder la Motion Picture Patent Co., qui détient l’exclusivité des brevets et de la pellicule fournie par Eastman Kodak. Les compagnies indépendantes, rivales de la MPPC, commencent alors à s’installer en Californie, à Hollywood, d’une part pour y bénéficier des avantages climatiques (le soleil était alors la condition sine qua non du tournage des films) et surtout pour échapper aux hommes de loi new-yorkais chargés de faire respecter les exclusivités en brevets de la MPPC. Carl Laemmle, leader des compagnies indépendantes, fonde à quinze kilomètres de Hollywood, en 1915, Universal City. Toutes les compagnies s’installent à Hollywood, ou dans les environs. En 1960, Los Angeles compte 2 479 000 habitants, ayant assimilé Hollywood, devenu un de ses faubourgs. La grande rue du lotissement de Mrs. Wilcox est aujourd’hui Hollywood Boulevard.

Américains et étrangers à Hollywood

L’essor des studios hollywoodiens est rapide. La Première Guerre mondiale, en ralentissant la production cinématographique européenne, est un nouveau facteur d’expansion et, en 1918, Hollywood lance sur le marché huit cent quarante et un films, ce qui constitue un record. D. W. Griffith, Thomas H. Ince et Cecil B. de Mille sont les réalisateurs les plus en vue. Le comique atteint son apogée dans les dernières années du cinéma muet, avec Charles Chaplin, Mack Sennett, Harry Langdon, Buster Keaton, Harold Lloyd. Pearl White est l’héroïne des plus grands serials de l’histoire du cinéma (Les Mystères de New York , Les Exploits d’Elaine ). Tom Mix et William S. Hart sont les héros du western. Elmo Lincoln joue Tarzan.

D’Europe arrivent vedettes et metteurs en scène: Greta Garbo, Max Linder, Pola Negri, Ernst Lubitsch, von Sternberg, von Stroheim, Paul Leni, Victor Sjöstrom, Maurice Stiller, Louis Gasnier, Maurice Tourneur, F. W. Murnau, Jacques Feyder, Conrad Veidt, Emil Jannings, Paul Féjos, Benjamin Christensen, Michael Curtiz. Les studios engagent à prix d’or la plupart de ces grands noms internationaux et Hollywood réussit le paradoxe de produire des films commerciaux qui sont en même temps des chefs-d’œuvre. Irving Thalberg, le génial directeur de production de la Metro Goldwyn Mayer, est représentatif de ce style.

Rudolph Valentino, John Barrymore, John Gilbert, Lon Chaney, Mary Pickford et son mari Douglas Fairbanks, Clara Bow, Gloria Swanson illustrent avec brio le star system qui lance sur le marché une vedette comme un produit. Cette période connaît des films prestigieux: Ben Hur , Les Rapaces , La Grande Parade , La Veuve joyeuse , Les Dix Commandements , La Caravane vers l’Ouest , Le Fantôme de l’Opéra , Notre-Dame de Paris , Folies de femmes. Charles Chaplin, Douglas Fairbanks, Mary Pickford et D. W. Griffith se réunissent et fondent les United Artists. La plupart des grands réalisateurs de l’histoire du cinéma américain tournent déjà, ce sont (outre les étrangers déjà cités plus haut) John Ford, Raoul Walsh, Allan Dwan, Henry King, Clarence Brown, Frank Borzage, Victor Fleming, Frank Capra, King Vidor, Tod Browning...

L’apogée de l’art cinématographique américain

En octobre 1927, le cinéma américain devient parlant, avec Le Chanteur de jazz . Vedettes et metteurs en scène tentent de se reconvertir à cette nouvelle forme d’expression; certains échouent et sombrent dans l’oubli. Un nouveau genre apparaît: la comédie musicale (Fred Astaire et Ginger Rogers, les ballets de Busby Berkeley). Walt Disney fait du dessin animé une industrie. Le film fantastique obtient en quelques mois ses lettres de noblesse (Frankenstein , Dracula , King Kong , Freaks ). La comédie se partage entre la comédie burlesque (W. C. Fields, les Marx Brothers, Mae West) et la comédie dite américaine (Leo McCarey, Howard Hawks, Frank Capra, Gregory La Cava). Les conséquences du krach de 1929 se traduisent dans la production hollywoodienne par le film réaliste et romantique (Frank Borzage) et le film policier et de gangsters (Scarface , Little Caesar ). Avec John Ford, Howard Hawks, Raoul Walsh et William Wellman, le western trouve son âge d’or. Cet âge d’or, c’est d’ailleurs celui de la production américaine en général. Le star system est la preuve de la vitalité hollywoodienne: Marlene Dietrich, Gary Cooper, Bette Davis, Clark Gable, Humphrey Bogart, Cary Grant, Paul Muni, Robert Taylor, Jean Harlow, James Stewart sont les vedettes adulées de l’époque. L’immigration artistique continue (Alfred Hitchcock, Fritz Lang, Robert Siodmak). Dans cette période, on évalue à 33 000 le nombre de personnes employées à Hollywood par le cinéma. Le mythe de la vedette se cristallise sur Hollywood. Clara Bow reçoit jusqu’à 35 000 lettres d’admirateurs en une seule semaine et Claudette Colbert gagne, en 1938, 426 944 dollars. L’année 1939 marque l’apogée hollywoodienne avec Autant en emporte le vent , l’épopée de l’Amérique vue par les Américains, aujourd’hui encore en tête du box office .

Nouvel essor artistique et chute

Quelques mois après cette superproduction, Orson Welles présente Citizen Kane , symbole d’un nouveau style; puis c’est la guerre. René Clair, Julien Duvivier, Max Ophüls et Jean Renoir viennent tourner à Hollywood. Frank Capra et Anatole Litvak réalisent la série Pourquoi nous combattons ; plusieurs acteurs et metteurs en scène sont enrôlés. La production hollywoodienne participe à sa manière à la guerre, exaltant la liberté, l’honneur et la lutte contre la tyrannie. Ces années voient l’arrivée d’une nouvelle génération de cinéastes de talent (Joseph Mankiewicz, George Sidney, Otto Preminger, Elia Kazan, Vincente Minnelli). En 1946, la loi antitrust oblige les compagnies cinématographiques à se séparer de leurs circuits de distribution. Cette mesure brise le cycle idéal production-distribution. C’est le premier coup porté à Hollywood. L’année suivante, la Commission des activités antiaméricaines s’attaque au milieu hollywoodien. Plusieurs cinéastes sont poursuivis et émigrent en Europe (Joseph Losey, Jules Dassin, John Berry). Dans les années cinquante de nouveaux réalisateurs les remplacent (Robert Aldrich, Samuel Fuller, Nicholas Ray, Richard Brooks). La Fox diffuse le Cinémascope et plusieurs compagnies s’essaient sans succès au cinéma en relief. Hollywood lance certains de ses plus beaux feux (Les Ensorcelés , Chantons sous la pluie , Scaramouche , Ève ), mais le système vacille. La télévision envahit Hollywood. Les compagnies sont rachetées, les studios encombrés par des feuilletons de bas étage. Les grands cinéastes se retirent peu à peu (Clarence Brown, William Wellman, Raoul Walsh, Allan Dwan, Henry King). Une nouvelle génération de réalisateurs, pour la plupart transfuges de la télévision, tourne des films (John Frankenheimer, Arthur Penn, Stanley Kubrick, Robert Mulligan), mais la relève ne vaut pas les vétérans. Les acteurs d’autrefois ont vieilli (Boulevard du Crépuscule de Billy Wilder, 1950, en témoigne), les nouveaux sont incapables de ressusciter le vieux star system . L’imitation malheureuse de la production européenne produit des œuvres bâtardes où l’érotisme le dispute au thème de l’incommunicabilité...

Hollywood n’est plus la métropole du cinéma. Les films sont tournés en Italie ou en Espagne. De temps en temps, un scandale alimente les journaux et rappelle l’âge d’or de la cité tumultueuse au temps où Will H. Hays créait pour combattre la ville de perdition le fameux Code de décence.

Le plus grand film américain de la décennie 1960-1970 (2001, l’Odyssée de l’espace ) n’a pas été tourné à Hollywood... mais à Londres.

Commencées sous de mauvais auspices, les années soixante-dix marquent une stupéfiante remontée des recettes cinématographiques, et l’arrivée de Steven Spielberg et de George Lucas propulse en tête du box-office une succession de films. La Guerre des étoiles (1977), L’empire contre-attaque (1980), Les Dents de la mer (1975), Les Aventuriers de l’Arche perdue (1981) et le phénoménal E.T. (1982) accumulent ainsi en moins de dix ans plus de huit cents millions de dollars de recettes aux États-Unis et au Canada. L’Amérique, lassée par sa télévision et son envahissante publicité, redécouvre le chemin des salles obscures.

L’ère des grands studios laisse la place à celle de ces jeunes producteurs-réalisateurs, passionnés de science-fiction et de bande dessinée, mais leurs succès ne masquent que partiellement la crise d’un cinéma victime de la hausse de ses coûts de production et d’une cruelle absence de sujets.

Hollywood
fbg N.-E. de Los Angeles (Californie), princ. centre de l'industr. du cinéma et de la télévision des È.-U., auj. concurrencé par d'autres villes (New York, notam.).

Encyclopédie Universelle. 2012.